Rêve d’Orient.

L’Orientalisme est devenu un des courants indépendants de la peinture académique en Europe dans la deuxième moitié du 19e siècle. L’intérêt pour cette thématique a couvert en particulier les pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, mais aussi l’Espagne mauresque.

Dans la culture polonaise, le sujet de l’Orient est apparu avec le mouvement romantique au 18e siècle. A cette époque, il se référait à l’Empire Ottoman et à la Crimée avec lesquels la Pologne avait eu autrefois une longue tradition de commerce, ainsi que des batailles mémorables. Au 19e siècle, la Pologne a observé les découvertes territoriales et la politique coloniale des pays de l’Europe de l’Ouest, ce qui a élargi le périmètre d’intérêt de l’Orientalisme.

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Józef Brandt: Foire à Balta, en Podole. 1886. Huile sur toile. 62 x 101 cm. Collection privée.

Depuis 1795, à cause du partage territorial, la Pologne n’existait plus officiellement sur la carte, donc la fascination pour l’Orient n’avait rien de commun avec l’esprit de conquête. Des artistes polonais ont voyagé pour trouver l’inspiration. Leurs réalisations étaient parfois réalistes, parfois des projections idéalisées des pays exotiques. Les Arabes du désert, libres et belliqueux, rappelaient aux Polonais les Cosaques du 16e siècle dans les steppes interminables ukrainiennes.

La majorité de ces peintures orientalistes sont éparpillées entre des musées et des collection privées partout dans le monde. Ce sont des centaines d’oeuvres créées par des artistes du pays qui a perdu son indépendance pendant plus de 120 ans.

Quelques artistes particulièrement intéressants méritent un rappel.

Franciszek Żmurko dans Aux ordres de Padishah” semble tirer son inspiration des contes  persans contenus dans le Livre des Mille et Une Nuits”. La peinture présente une femme nue couchée sur le lit dans une position sensuelle. Le corps lisse est entouré de tissus précieux et de bijoux. En regardant plus attentivement, on aperçoit une lame de couteau et du sang sur les tissus, et on devine que la femme est morte. Le ton froid de son corps contraste avec les teintes dorées des riches objets. Le sujet tragique peut être un prétexte pour une création érotique.

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Franciszek Żmurko: Aux ordres de Padishah. 1881. Huile sur toile. 135.5 x 240 cm. Musée National de Varsovie
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Adam Styka: Idylle marocaine. Huile sur toile. 85.5 x 61 cm. Collection privée. (desa.art.pl)

L’Orient a affecté l’imagination des Européens avec des légendes sur les harems et les femmes aux grands yeux noirs du Moyen-Orient.

Adam Styka (1890 – 1959) a voyagé à plusieurs reprises en Algérie, en Tunisie, au Maroc et en Egypte. Sa peinture était dominée par des scènes saturées de couleurs vives et de lumière. Il a fait une série d’oeuvres avec des couples orientaux souriants et ouverts. Ses portraits de femmes jeunes et belles, dans les bras d’hommes arabes, étaient appréciés en Europe ils ont trouvé des acheteurs nombreux. Il a peint des habitants des déserts avec une grande sympathie.

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Adam Styka: Couple heureux. Huile sur toile. 73.6 x 92 cm. Collection privée. (artyzm.com)

Tadeusz Ajdukiewicz (1852 – 1916) était aussi fasciné par la culture orientale. Il a passé plusieurs années dans l’Empire Ottoman, où il a travaillé pour le sultan Abdul Hamid II.

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Tadeusz Ajdukiewicz: Arabe sur un cheval gris. 1911. Huile sur toile. 55.5 x 49.5 cm. Musée National de Varsovie.

Feliks Michał Wygrzywalski (1875 – 1944) est parti en Egypte en 1906. Ses oeuvres exotiques étaient populaires à son époque, et sont aussi recherchées par des collectionneurs aujourd’hui.

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Feliks Michał Wygrzywalski: Vendeurs de tapis. Huile sur toile. 54 x 74 cm. Collection privée. (agraart.pl)
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Feliks Michał Wygrzywalski: Verset du Coran. Aquarelle. 67 x 105 cm. Collection privée. (agraart.pl)
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Feliks Michał Wygrzywalski: Seigneur du harem. Aquarelle. 70 x 98.5 cm. Collection privée. (agraart.pl)

Stanisław Chlebowski (1835 – 1884) s’est installé en 1864 pour plus de dix ans à Constantinople où il a travaillé pour le sultan Abdülaziz. A ses ordres, il a peint plusieurs oeuvres dédiées aux batailles victorieuses de l’Empire Ottoman contre la Russie, l’Autriche et la Grèce, et qui sont exposées aujourd’hui dans les musées turcs. L’artiste s’est intéressé cependant davantage à la culture orientale qu’ à la thématique militaire. Plus tard, il a déménagé en Egypte.

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Stanisław Chlebowski: Vue sur Constantinople. 40 x 61 cm. Musée National de Varsovie.
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Stanisław Chlebowski: Turc au hookah. 1877. Huile sur toile. 34.9 x 25.7 cm. Collection privée. (christies.com)

Il y a une anecdocte selon laquelle l’Empire Ottoman était le seul pays qui n’avait pas accepté la partition de la Pologne et il y avait toujours une chaise libre dans le palais du sultan pour un représentant de la Pologne. Pendant les réunions avec les politiciens étrangers, on répétait que le diplomate polonais n’était pas encore arrivé. Peut-être était-ce juste pour irriter les ambassadeurs russes, prussiens et autrichiens. Mais peut-être était-ce parce que l’Empire Ottoman respectait la Pologne en mémoire du passé: le 12 septembre 1683, le roi polonais Jan III Sobieski, en conduisant les armées polonaise et autrichienne, a gagné la bataille de Vienne qui a arrêté l’expansion de l’Empire Ottoman en Europe. Les Turcs ottomans le surnommèrent après le Lion de Lehistan (Pologne)”.

Cette victoire a été représentée par Jan Matejko (1838 – 1893):

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Jan Matejko: Jan III Sobieski envoie un message à propos de la victoire au pape Innocent XI (La bataille de Vienne). 1883. Huile sur toile. 458 × 894 cm. Musée du Vatican.

D’une perspective historique, il est apparu que l’Empire Autrichien serait aussi dangereux pour la Pologne. Dès 1772, les Habsbourg ont participé au premier partage du territoire polonais. Malheureusement presque cent ans après la splendide victoire de Vienne, la Pologne était trop faible pour se protéger. Sans le siège de Vienne en 1683, l’Empire Autrichien serait probablement tombé et l’Empire Russe aurait été moins confiant. Mais peut-être les Turcs seraient parvenus jusqu’à Cracovie…

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Jan Matejko: Jan III Sobieski envoie un message à propos de la victoire au pape Innocent XI. / Détail

En 1768, l’Empire Ottoman a déclaré la guerre à la Russie et a demandé officiellement que l’armée russe quitte la Pologne. C’était un jeu politique. L’ennemi de notre ennemi est notre ami, alors, par sympathie envers les Turcs, des Polonais ont servi dans l’armée ou l’administration turques, en croyant que le support peut venir de ce côté. L’idée n’était pas complètement nouvelle, parce qu’un projet d’alliance entre la Pologne et l’Empire Ottoman contre la Russie était déjà apparu au 16e siècle, mais ne s’était pas concrétisé à cause de l’imprévisibilité de la réaction en Europe. Néanmoins, la noblesse en Pologne a longtemps utilisé des éléments des vêtements orientaux. Les objets ottomans étaient à la mode pour la decoration. Il y avait toujours la distance religieuse qui s’est accrue après 1683 quand la victoire du roi Sobieski était présentée comme la victoire du christianisme, mais il n’a pas changé le fait que la culture, l’art, la science, ainsi que la politique de l’Empire Ottoman étaient très respectables.

A propos de l’Orient, il faut aussi mentionner un personnage original, Wacław Rzewuski (1785–1831), descendant d’une famille noble polonaise. Il est né dans le Sud-Est de la Pologne, où l’alliance avec l’Orient existait depuis longtemps. Ce voyageur a passé une grande partie de sa vie en Syrie, au Liban et en Arabie, acceptant le titre d’émir bédouin et vivant dans le désert. Il était connu comme un admirateur et expert exceptionnel des chevaux arabes, qu’il achetait même pour le tsar Alexandre I. Il a écrit ses souvenirs en français dans “Sur les chevaux et provenants des races orientales”. En 1831, il a pris part à l’insurrection antirusse en conduisant sa propre troupe de cavalerie qui a utilisé ses chevaux arabes, et a péri pendant la bataille. Quoique selon une légende Rzewuski a survécu quelque part en Arabie…

Bibliographie:

. wilanow-palac.pl: Szlachta polska wobec Turcji w XVII i XVIII wieku. Piotr Kroll.

. Bibliothèque Nationale: O koniach arabskich i oriencie Wacława Rzewuskiego.

 

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